Plusieurs heures qu’il marchait sans ressentir aucune fatigue. Non, son corps avait subi pire, et il s’était abreuvé d’assez de meurtres pour supporter ces quelques kilomètres de route. Derrière lui, il laissait une ville qui au réveil découvrirait ses rues jonchées de cadavres froids, et dans sa grande sacoche, Delilah traînait avec lui ses bocaux de collectionneur. Il marchait dans cette nuit sans lune, une nuit ou la moindre bête féroce aurait pu le dévorer et ainsi terminer le bon vouloir de la société. Mais non. Les yeux lunaires du garçon effrayait le plus téméraire des loups, alors qu’en ce moment, son âme était calme et fraîche, presque innocente. Les balancements des arbres sous le vent léger de cette nuit reposait le travesti avec une certaine réussite. A l’horizon se détachait la silhouette encore plus noire que le ciel d’une ancienne bâtisse, haute et austère. Plus ses pas avançaient dans la nuit, plus ils le guidaient vers le portail de ce manoir.
Les petites mains tueuses s’accrochèrent aux barreaux rouillés du portail et longuement Delilah dévisagea la demeure cabossée. Celle-ci semblait l’appeler. Comme si sa propre mort se trouvait là-dedans et qu’il ne pouvait y échapper. Oh oui, sa propre mort… Son père serait divinement ravi. La marque de Caïn. Les sept vengeances… Un sourire satisfait se posa sur ses lèvres d’enfant. Oh oui… ici, il en détruirait des vies, il le savait… Il fallait qu’il entre… Poussant le portail, celui-ci grinça comme le miaulement d’un chat égorgé, et la petite silhouette se glissa dans la propriété, dans un bruit de verre qui se cogne et de tissu froissé pour enfin traverser ce jardin mort, et cette allée remplie de mauvaises herbes. Devant lui se dressa alors la porte principale. Il remit en place son haut de forme, et pénétra dans le ventre de l’enfer.